Un enjeu romand
Officiellement, la Suisse s’appelle "Confédération helvétique", un nom qui rappelle que le pays est une alliance entre des partenaires différents, n’ayant ni langue ni culture commune. Formé au cours des sept derniers siècles par le rattachement successif de ses 26 cantons actuels, le pays a tenu longtemps de la mosaïque, composée de cultures, de confessions et de langues différentes.
Les quatre régions linguistiques qui la composent jouissent fondamentalement des mêmes droits: 63,7% de la population parle l'allemand, 20,4% le français, 6,5% l'talien, 0,5% le romanche et 9% d'autres langues. On comprend qu’avec de telles différences de proportions, les minorités sont obligées de conquérir de haute lutte leur influence dans les affaires de l’Etat. Le gouvernement central de la Confédération a son siège à Berne, mais les cantons ont conservé une grande autonomie d'action. Ce sont notamment eux qui ont la charge de l'éducation et la culture.
La Suisse romande : une région unie et variée
La Suisse romande est la région formée par les quatre cantons limitrophes de la France, soit, Genève, Jura, Neuchâtel et Vaud, ainsi que par les parties des cantons bilingues de Berne, Fribourg et Valais. Cette région, qui recouvre environ un quart du territoire de la Suisse, représente quelque 1'500’000 personnes. Ce n'est pas une entité politique (il n’y a pas de "gouvernement romand "), aussi parlera-t-on plutôt d’entité culturelle et économique. La langue en constitue le lien le plus fort, c’est pourquoi cette région est naturellement orientée vers la culture française. Les villes principales sont Bienne, Delémont, Fribourg, Genève, Lausanne, La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel, et Sion.
Un rôle capital pour les cantons et les villes
Cent cinquante ans après sa création, la Suisse vient d'intégrer, en 2000, un article sur la culture. Si le nouveau texte de loi offre quelques compétences à la Confédération, elle donne aux cantons la mission de promouvoir la culture. Sur le plan fédéral, les seules institutions existantes sont l’Office Fédéral de la Culture (OFC) et Pro Helvetia. De manière générale, elles aident à la création, à la diffusion et à la représentation de la culture suisse à l’étranger, en finançant par exemple des tournées de spectacles de théâtre, de danse ou de musique.
Mais l’essentiel du soutien à la culture est d’abord l’affaire des administrations les plus proches des gens, les cantons - on l'a dit - et les villes. La responsabilité de la vie culturelle incombe en priorité à ces deux entités politiques, qui financent les projets de leur région.
Faire vivre la culture en Suisse romande
Mais elle est aussi l'affaire des acteurs de la vie artistique eux-mêmes. Depuis 25 ans, la vie culturelle a pris un essor incroyable dans cette région. Développement du réseau des théâtres, création d'événements artistiques et de festivals, développement de structures de formation et de diffusion. De leur côtés les créateurs de théâtre et de danse voyagent de plus en plus en Suisse et en Europe et les musiciens, s'ils veulent vivre de leur art, conçoivent de plus en plus leur carrière comme ouverte sur l'étranger.
Une mission de pionniers
C'est dans ce contexte que des organisations culturelles sont nées ces quinze dernières années, qui ont choisi de se situer résolument au-delà des frontières cantonales, comme Corodis, BASIS, la Fondation romande pour la chanson et les musiques actuelles ou artos. L'enjeu est désormais romand. Dans un avenir proche, un soutien encore plus marqué sera nécessaire pour permettre aux créateurs de s'affirmer en Suisse et en Europe, aux professionnels des métiers du spectacle de se sentir à l'aise dans le contexte européen. C'est à cette mission de coordination, de défense et de promotion de la vie culturelle que ces structures pionnières se sont attelées, pour que le rôle des artistes et les professionnels soient reconnus pleinement par l'Etat.


